issue #1 : chroniques - compilations

CHRONIQUES : COMPILATIONS
par Philippe Petit


VA. Garten der verschlungenen pfade (Pfad/Namskeio)
Deux années durant Kein Babel (pseudo abritant les activités DJ d’Annibale et Erik de Musique-Korrekt) ont organisés chaque mois les soirées «Garten der verschlungenen pfade» au club NBI à Berlin. Dans une ambiance chaleureuse, trois pièces en enfilade avec des meubles très années 70, en fait très East-Berlin comme cadre... Donc, dans une ambiance salon, la fine fleur des Djs underground et experimentaux a offert ses mixs extravagants, noise, ambient, voire cosy et contribué à animer les nuits berlinoises. Cette compilation retrace la première année, 12 protagonistes, et on y croise les frasques soniques hachées de Kein Babel, la puissance Indus de Das Synthetische Mischgewebe, les video scratches de Sniper (patron du club du même nom qui passe tous les vendredi soirs des films série B barges, à voir en grignotant des video-cookies qu’ailleurs on nommerait space c...., et buvant du saké). Y apparaissent des gens plus connus comme Column One dans un titre excellent, ou Multipara qui sort ses disques chez Lux Nigra... Et le résultat se tient bien. Alternant Noise, ambiences, bizarreries, délires... et autres souvenirs qui vous feront regretter de n’avoir pu assister à toutes ces soirées. Les festivités ont durées deux ans, et la dernière party a eu lieu le 4 Août 2000. Dommage que ce soit fini car on s’y
est vraiment bien amusé. Reste cette compilation.

VA. Nature is perverse (Fylkingen)
cda@cda.se
Le festival «Nature perverse» eut lieu au Musée d’Art Moderne de Stockholm, fin Novembre 1998. et cette compilation double CD en est le témoignage. Trace vibrante et toujours brûlante d’une importante rencontre des musiques éléctroniques experimentales. S’y téléscopent pêle-mêle Noise, Minimalisme ou abstract/ambient touch interprétée par des gens aussi préstigieux que Farmers Manual,
Goem, Voice Crack, Kapotte Muziek, Tetsuo Furudate, Dror Feiler, Zbigniew Karkowski, Tankred... En tout 14 tueries sonores pour les plus avertis.

VA. Sonig comp. (Sonig/Ici d’Ailleurs)
http://www.a-musik.com/sonig
Le label Allemand, mené de main de maître par Mouse On Mars et Franck dommert a acquis ses lettres de noblesse en nous gratifiant de superbes albums vinyles de la crème de la scène Electronica en provenance de Cologne... Et même d’ailleurs.
Sonig nous donne ici une compilation qui regroupe les plus beaux fleurons de son catalogue. D’entrée dans le vif du sujet avec F. X. RANDOMIZ qui prouve une fois encore qu’il est l’un des plus doués créateurs du genre. «Metix v. 1. 0b7» sait être à la fois accrocheur et experimental, tout à fait comme l’essentiel de ses albums parus chez A-Musik (autre label et distributeur de Cologne).
Félix s’illustre aussi dans Holosud aux côtés de Jo/Schlammpeitziger, et débuta même en enregistrant avec Jan Werner... Ce dernier également très prolifique, pour notre bonheur, se taille la part du lion puisqu’il est présent sur quatre des «ensembles» de ce sampler.
Tout d’abord dans MICROSTORIA, collaboration avec le chicagoan Markus Popp/Oval, qui nous offre un inédit pur et envoûtant. Puis MOUSE ON MARS qui se montre comme à son habitude plus recherché lors de ses «apparitions Sonig» que sur ses derniers opus... Surprise agréable que ce changement d’atmosphère avec SCRATCH PET LAND, bien de chez nous, qui est ici très répétitif, syncopé, hypnotique et renforce la bonne impression que m’avait laissé son premier album... Retour aux origines et en famille, Werner/F. X. Randomiz sous un nom énigmatique et imprononçable tout comme leur morceau qui tourne un peu en rond à mon goût.
Mais bon nous dirons que c’est de l’art... S’ensuit LITHOPS et là encore Werner qui s’approche de l’Intelligent Dance Music avec une création très rythmée, et toute en rebondissements. Atterrissant tête première sur quelques accords de piano, dépouillés et répétés à l’infini qui débouchent sur la magie de VERT «symmetry breaking» qu’on ne se lasse pas de remettre encore et encore. Mélodie minimale adorable... Concert de klaxons, embouteillages sur l’autobhan, saturations, effets de sons divers, presque bruit chez C-SCHULZ & HAJSCH dans un sobrement intitulé «compilation track». C’est ici que l’on devrait parler de cassement de symétrie...
Mais le rythme doux et répétitif, Avant-Pop revient grâce à l’Italien WANG INC. qui finit le disque en beauté. Déjà remarqué en bien sur un Maxi 4 titres, également chez Sonig, ce créateur de Bologne nous prouve qu’il faudra compter avec lui. Une fin en douceur, pas très enrobée, mais simplement efficace et qui va droit au but : nous séduire. En conclusion, cette compilation est une excellente présentation d’un des plus inventifs label en son genre. A découvrir sans faute.

VA. Squadron (Merck/Namskeio)
http://www.m3rck.net/
Merck est un label de Miami qui, comme ses ainés locaux Schematic ou Chocolate Industries, officie dans
l’Electronica... Avec une préférance revendiquée pour la section Intelligent Dance Music, terme qui si je ne m’abuse fut introduit par Warp sur une de leurs premières compilations. L’ombre d’Autechre ou Richard Devine plane d’ailleurs au-dessus du label et cette compilation fait montre d’une grande unité, parfois un peu trop et on peut se dire que tous se ressemblent. Toutefois le disque se laisse écouter fort agréablement durant plus d’une heure. Heureusement certains des protagonistes parviennent à se distinguer et «tirer leurs bips du jeu». Lexaunculpt qui nous demande de lui dire je t’aime («tell me you love me») sur un ton vraiment étrange et attirant. Il confirme l’excellente impression laissée par son maxi chez Isophlux... Komp est Suédois et sa contribution est très jolie... Suivie du titre le plus accrocheur du disque interpreté par le Russe, Norman Belousov qui se cache sous le pseudonyme Novel 23. Vraiment excellent et il vient de récidiver avec un superbe premier album sur Pitchcadet... Egalement Russe, le duo Fizzarum dont tout le monde parle beaucoup depuis leur apparition chez City Centre Offices. Je les trouve bons dans un genre déjà largement défini par Autechre, et malheureusement ils n’apportent pas grand chose bien qu’étant tout à fait écoutables. Bauri fait lui aussi bonne figure, ce jeune Suédois dirige le label Soundart et il est donc très recommendable. Les autres ont pour nom Lackluster, Proswell, Sense, Md, Brothomstates, Salice, Ambidextrous, Machine Drum, et Syndrone. Tout à fait conseillé le premier album de ce dernier et également premier disque du label Merck. Syndrone y fait montre d’une grande maturité, et ses arpèges computerisés poussent loin la mélodie. Pour l’instant deux sorties qui rendent Merck indispensable aux fans de la nouvelle scène IDM. Les moins complétistes feront leur tri.

VA. Touch 00 (Touch/import Wave)
http://www.touch.demon.co.uk
Passage à l’an 2000 pour le moins dépaysant à l’écoute de cette compilation inédite assemblée par le label Londonien Touch. Fondé en 1982 il fut un modèle pour beaucoup, débuta avec des compilations K7 ou l’on croisait, entre autres, New Order... Continua par des projets avec d’ex-Cabaret voltaire ou Wire, et surtout imposa en son pays bon nombre de créateurs de génie, dont ceux empruntés au label Autrichinen Mego : Fennesz, Farmers Manual, Rehberg & Bauer.
Touch a toujours privilégié les musiques qui vont de l’avant, et les sons digitaux mais sans jamais négliger les richesses traditionnelles, éthniques ou contemporaines. Ce sampler, leur quatrième, offre une musique d’approche difficile, riche et généreuse.
Qui s’adresse plus aux sens et à l’intellect qu’au corps. Des sons qui exigent une constante attention. Ryoji Ikeda, Japonais de Tokyo qui a trois albums chez Touch, joue ici de la fréquence... Le prolifique Allemand Thomas Brinkmann impose son rythme minimaliste millésimé : excellent... Mika Vainio (Pan*Sonic) fait un peu office de second rôle et je lui préfére largement les fugues solo de son compère Ilpo Väisänen... Les anciens de Cabaret Voltaire : Chris Watson -ici pour trois morceaux- ou Richard H. Kirk sont bel et bien toujours à la pointe... Scala revient à ses premiers amours avec un killer percutant et attachant qui nous remémore que son meilleur disque est sorti chez Touch, avant qu’il ne rejoigne la trop polie écurie Too Pure... Locust place ses ambiences étherées et j’ai du mal avec le timbre de voix... Les titres s’enchainent bien et démontrent l’unité du label, les autres membres de la famille ont pour nom Aer, Thomas, Philip Jeck, People Like Us, Hazard... 21 titres inédits et exclusifs qui raffermissent l’illustre réputation d’un incontournable de la musique cérébrale.