issue #1 : chroniques-lp & ep

CHRONIQUES : LP & EP
par Philippe Petit


DATACH'I : we are always well thank you (Caipirinha/PIAS)
DATACH'I : this is my EP (Caipirinha/PIAS)
L’arrivée du premier album de ce new-yorkais, l’an dernier, m’avait laissé par terre. «Rec + Play» était un début incroyablement prometteur, très énergique et digital avec des décollages Drill & Bass parfois comparables à un Panacea mais avec la finesse en plus... Mais surtout un talent certain pour trouver la bonne mélodie, le petit plus sympa là où il le faut. Datach’i récidive avec ce second album qui déploie encore plus de légèreté et d’ingéniosité. Des sons science-fictionnels sont mis en orbite tout autour de mélodies belles et malicieuses, les morceaux nous entrainent et se concassent, se déforment pour mieux se reformer et donner un sens ludique à l’ensemble. Datach’i joue avec nos sens, il les fait tournebouler, manipule, avance rapide, retourne rapide, scratche, copie-collé... On ne sait plus où on est... La tête nous tourne et l’on est pris dans un ébouriffant tourbillon convulsif et contagieux. Tout va très vite, on ne s’ennuie pas une seconde, lorsque la frénèsie s’apaise c’est pour atteindre une surprenante richesse de tonalités, ou arpèges extrêmement mélodieux et autres microscopiques bips envoûtants. Mon point culminant sera sans conteste le douxième titre «Animals coming home are excited» beau à pleurer, et génial dans sa construction toute en demi-tons et harmonies. Magique. Morceau que l’on retrouve d’ailleurs sur le Maxi, en compagnie de celui qui titre l’album, et surtout de trois remixes. Très tendance que de se faire remixer, et tout comme à une époque pleuvaient des compilations «Tribute» pas vraiment indispensables, aujourd’hui la mode est au Remixes souvent dispensables. Ici on commence par Mogwaï qui s’en tire franchement bien, quoique restant proche du morceau de base, mais surtout laissant au vestiaire son attitude branché-post truc-hautaine et franchement emmerdante. Jamais je n’aurais imaginé que Mogwaï me surprendrait en bien... S’ensuit Kid 606 qui lui m’a déjà surpris de nombreuses fois. Il est un peu comme un garçon capricieux qui prend plaisir à jeter ses jouets, à les casser et c’est franchement jouissif quand on n’a pas à les ramasser, mais seulement à les écouter. On finit avec Bogdan Raczynski qui reste agréable, un peu trop poli comme à son habitude. Datach’i confirme qu’il faut compter avec lui.

DO MAKE SAY THINK : goodbye enemy airship the landlord is dead (Constellation/PIAS)
Très attendu second album du quintet Canadien Do Make Say Think qui témoigne d'une belle évolution et confirme les espoirs placés en lui. En effet, si leur premier essai évoquait Tortoise, celui-ci est vraiment personnel et réussi. Scintillant et sophistiqué, il présente sept longues plages (en moyenne 7 minutes par titre) qui sentent bon les fin de journées d'été... Douces et réspirables, plus fraîches. Si le son est ici plus "rock", les compositions expérimentent toujours des constructions Psyche, envoûtantes et réfléchies, qui n'ont pas peur de s'aventurer jusqu'à des structurations Jazz.
Do Make Say Think est un de ces groupes rock moderne qui ont su tirer les leçons des acquis de leurs ancêtres, les faire leurs, les transcender, muer, évoluer en harmonies délicieuses. Un disque que l'on a plaisir à côtoyer lors de soirées confortables dans un douillet salon. Lounge rock ?

FRENCH PADDLEBOAT : conversions in metric (Scratch)
Sous ce nom énigmatique, qui enchentera les plus chauvins, se cache en fait un natif de Colombie Britannique. Entendez par là cette partie du Canada où l’on parle Anglais et où arrivent en force les musiques nouvelles, contrairement à la partie Française bien souvent trop bloquée sur les crétineries variét ou alterno Frenchy.
Scott August est d’influence Anglaise donc, parfois un peu trop et son disque peut évoquer le traitement sonore propre à Oval, ou le talent mélodique de certaines plages de Marumari ou Boards Of Canada. Il ne s’agit pas de copie mais d’un compositeur qui sait emprunter le meilleur de ses ainés, juxtaposer ses textures analogiques, bidouiller les fréquences de façon à poser bout à bout des sons gracieux, subtils et joyeux. Une création assistée par ordinateur, mais que viennent renforcer des accords de clarinettes, des frappes de batterie, ou de cloches... Un album qui passe bien, très bien même et laisse une impression de déjà entendu agréable qui pousse à le remettre. Notons qu’il s’agit du trentième disque pour le label experimental Scratch, qui officie également en tant que distributeur et tire ses ficelles de la plus interessante caverne à disques de Vancouver. Trente sorties, ça se fête et en l’occurence French Paddleboat
tombe à point.

GOEM : mort aux vaches (Staalplaat)
http://www.staalplaat.com
«Mort Aux Vaches» est une série de sessions enregistrées lors des passages d’artistes à la radio Néerlandaise VPRO. Le label Staalplaat sort ses préferés en édition limitée, emballées dans des livrets 6 page cartonnés, repliés en trois volets et fermés par une attache parisienne. Sur cette édition nous retrouvons Goem qui nous offre six variantes du morceau «Lokatie». Sans problème le disque le plus rythmé du trio Hollandais, une Techno minimale hypnotique et finement répetée. Les textures de sons s’enfilent et se superposent intelligemment, le rythme est soutenu et varié et bien entendu évite les poncifs habituels du genre Techno, tout en restant très écoutable et entrainant. Décidement Goem n’en finit pas de nous surprendre et c’est tant mieux.

GOEM : punik (Staalplaat/Fnac import)
ANDREAS BERTHLING : mengerzeile & grünberger (Staalplaat/Fnac import)
http://www.staalplaat.com
Deux albums parus dans la nouvelle sèrie du label Staalplaat : «Materia». La matière car les noms de groupes et titres sont gravés sur le boitier plastique transparent du CD, et l’intérieur est fait d’un matériau unusuel... Pour le Goem une feuille orange trouée, et le Berthling de l’herbe artificielle et des résidus de rideau. Le CD contient autour de 20 minutes de musique gravée en son centreet le contour est transparent, un peu comme un Picture disc. Classieux emballage qui va bien avec la musique proposée par la série qui met en scène les principales valeurs montantes de la musique minimale. Ici mon disque préferé à ce jour du trio Goem, tout en soubressauts, craquements, crissements... Un peu comme des battements de coeur soumis à divers traitements sonores. Je me répète mais Goem est l’un des meilleurs du genre.
Andreas Berthling est Suédois, on l’avait lui aussi déjà aperçu chez Microwave (cf. article traitant de cet essentiel label CDR mené par Frans de Goem), et qui a aussi enregistré pour Ritornell et Rune Gramofon. Son travail sur ce disque est le résultat d’une résidence à Berlin qui prit place entre Octobre et Décembre 1999 dans un atelier de peinture situé rue Grünberger, dans le quartier Mengerzeille... Ce qui situe le titre de ce disque, et musicalement la musique semble sussurée, très imagée et sous entendue, pratiquement indescriptible. Une experience forte et originale.
Notons que la série «Materia» vient de sortir le nouveau disque de Massimo, lui aussi présent sur Microwave, et la coincidence est trop forte pour que je n’écrive pas que Microwave a fortement inspiré cette série... Indispensable pour les amateurs de sensations minimales.

PHILIP JECK : surf (Touch/import Wave)
http://www.touch.demon.co.uk
Le protagoniste joue des platines et les passe au travers d’effets multiples de