issue #1 : dossier Morr Music

DOSSIER MORR MUSIC
Jusqu'au bout de la delicatesse electro-pop
par Philippe Petit


En un peu plus d’un an le label Berlinois Morr Music nous a gratifié d’une dizaine d’albums ou Maxis tous plus mélodieux et inventifs
les uns que les autres. A tel point que l’on se demandait comment un nouveau label arrivait àimposer tant de qualité en si peu de
temps. La réponse pouvait bien venir du fait que Thomas Morr, son instigateur, s’investit dans la scène depuis longtemps et à travaillé
dans le domaine de la distribution des années durant. Actuellement il gère le choix des labels Electroniques distribués par Hausmusik,
le distributeur Allemand qui à la côte dans les sphères indés. Nul doute que cette position favorise les prises de contact. Le ton
sympathique du bonhomme et sa gentillesse achèvent de créer les liens. Ce gros plan sur Morr n'est pas exhaustif, j'ai chroniqué les
disques qui me paraissent être les plus essentiels sorti par le label, mais on trouve également à son catalogue les excellents Maxis
vinyle 4 titres de Phonem, Bernard Fleischmann, Accelera Deck, les remixes de Piano Magic, où l'album de Lali Puna réputé excellent
mais que je n'ai pas encore. Mea culpa et faute que je corrigerai sous peu. Découvrez Morr music pour changer d'air et aller jusqu'au
bout de la délicatesse éléctro-pop.
http://www.morrmusic.com

BERNARD FLEISCHMANN : pop loops for breakfast (Rhiz/Morr/Ici d’ailleurs)
Jeune homme résidant à Vienne, B. Fleischmann avait fait parler de lui en sortant un ou deux Maxis et un premier album à tirage confidentiel, avant que du haut de ses 24 printemps il nous livre l’un des plus beaux albums paru l’année dernière. Le titre annonce la couleur et rarement étiquette ne fut si appropriée, «Boucles pop au petit déjeuner» est idéal pour se réveiller en douceur et prendre le temps de bien commencer la journée. Un régal de mélodies rudement bien agencées, simples et accrocheuses, timides et mélodieuses.
On ressort de ce disque avec l’impression que son créateur s’est livré à fleur de peau, nous donnant corps et âme une Electronica soyeuse et fragile, harmonieuse et précieuse. Une oeuvre majeure qui est sortie sur deux labels à suivre : l’édition vinyle sur Morr Music et le CD chez Rhiz (label fondé par le propriétaire du club viennois du même nom, haut lieu de performances éléctroniques). Notez que le LP contient 8 titres, et le CD 11 + en bonus une reprise sans complexe et puissante de "Torn" de Natalie Imbruglia.
Chaudement recommandé et vous verrez que vous ne pourrez plus vous en passer.

I. S. A. N. : salamander (Morr Music/Ici d’Ailleurs)
http://www.isan.co.uk
Sous des initiales signifiant «Integrated Services Analogue Network», se cache un duo anglais créant des plages ludiques, infantiles, parfois proche des musiques de jeux vidéo. Bontempi power. Après une floppée de 45t. et Maxi fort appréciables - notamment le split avec le surdoué Tin Foil Star - et un premier album réussi, revoici nos deux compères, Robin et Toe, toujours aussi malicieux, voire taquins et jouant la montre sur ce second LP. Le climat se pose tout en douceur, longueur par des effets en demi-tons, contre-tons qui prennent leur temps... Une mise en place qui s’éternise durant trois titres avant de vraiment passer aux mélodies sérieuses et incontournables de la perle «Salamander». Un hymne doucereux et envoûtant qui ravira n’importe quel fan de Pop minimale dans la veine de MOM ou Plone.
I. S. A. N. joue la double personnalité, celle de l’expérimentation à grand renfort de boucles, rythmes non-achevés, ou avortés et son autre facette sait être mélodieuse, attachante et belle à pleurer. Au final certains trouveront l’album décousu et penseront qu’un Maxi reprenant les 4 tubes en aurait fait un chef d’œuvre. D’autres plus spécialisés, regretteront le côté musique facile et se délecteront des trouvailles et autres surprises qui se juxtaposent tout au long du CD...
Quant à moi, je trouve que cet eccléctisme lui donne toute sa richesse et en fait un digne successeur à leur excellent premier jet «Beautronics» (paru sur le label anglais Tugboat et trouvable en import).

PHONEM : hydro electric (Morr Music/Ici d’Ailleurs)
http://www.phonem.de
Sous le pseudo Phonem se cache Elliott Perkins, un jeune homme talentueux et ouvert et dont les frasques musicales semblent devenir meilleures de jour en jour. En effet cet album fait preuve d’une belle évolution depuis le premier chez Jetlag, et le Maxi sur Morr. Les sept titres qui composent ce double LP s’enchainent admirablement et font preuve d’une grande diversité. Phonem sait varier les plaisirs sans sonner disparate, et il parvient avec talent et inspiration à alterner mélodies Electronica, Bips débordants et craquants, Hip-Hop éléctro IDM, à un côté experimental parfois bruyant. Les morceaux sont longs et prennent le temps de poser et varier leurs ambiences, d’imposer des rythmes tout en changement qui se renouvellent, se cassent, se reforment, se déforment et évoluent sans cesse pour instorer une dynamique captivante. Si l’on se laisse prendre au jeu de Phonem on devient prisonnier d’une toile de sonorités tendues, distendues, détendues, faites de sons âpres, secs et digitaux, mais qui savent également être doux et mélodieux.
Une grande force émane de cet album qui sort du lot par la maturité de ses compositions. Tout comme Autechre ou Richard Devine, Phonem ne tardera pas à s’imposer comme une référence. Vivement recommandé.

STYROFOAM : the point misser (Morr Music/Ici d’Ailleurs)
Styrofoam est le second projet solo d’ Arne Van Pettigen de Tin Foil Star. Considerez-moi comme un fervent admirateur de TFS dont la musique belle et mélancholique, est unique. Un vinyle 25 cm de TFS partagé avec les anglais I.S.A.N. nous avait déjà mis la puce à l’oreille quant aux goûts lorgnant vers l’Electronica de ce jeune homme Belge... Dans quelques interviews il mentionnait brièvement préparer un projet rentrant dans cette catégorie. C’est donc avec grande impatience que l’on attendait Styrofoam et nul autre label que l’excellent Morr n’était mieux placé pour nous l’offrir. Tous les éléments sont donc réunis pour nous donner un grand disque et le
résultat est à la hauteur de nos attentes, quoique mitigé. En fait on peut décomposer cet album 8 titres en deux parties : la première Face un peu plus vieille est une bonne entrée en matière, mais n’atteint pas les sommets de la seconde. La Face B est par contre totalement géniale, et nous livre une musique soyeuse et fragile, parfois triste. On se délecte à écouter ce disque, facile d’accès, très agréable à l’oreille mais une impression de peut faire mieux se dégage à l’écoute de la Face B. Au final ce premier jet est bon mais il semble certain que la suite sera envcore meilleure. Vous me voyez donc impatient de l’entendre et «the point misser» m’aidera à patienter. Un bon début mais gageons une suite meilleure de quelqu’un qui nous à jusqu’alors habitué à une quasi-perfection.

VA. Putting the Morr back in Morrissey : the point misser (Morr Music/Ici d’Ailleurs)
Cette compilation est une oeuvre gigantesque qui établit le label comme incontournable, et pourrait même laisser des traces dans l’histoire de la Pop musique moderne. Un double CD qui nous berce, nous étonne, nous tient en haleine pendant deux heures et vingt minutes. Gargantuesque. On frise l’indigestion de bonheur éléctro digital. Le CD1 est rempli à ras-bord de morceaux inédits des habitués du label, Phonem, Fleischmann, ISAN, Lali Puna, Styrofoam, Hermann & Kleine et aucun ne déçoit... Puis l’on découvre des nouveaux venus que l’on éspere bien voir rejoindre les rangs du label : Manufracture, en fait le frère de Elliott de Phonem, qui ouvre le disque de fort belle façon. Christian Kleine sans son Hermann et fort d’une rythmique quasi Hip-Hop qui renforce son Electro-pop, Kandis, Kevin & Paul, e*vax, Blond, des noms à retenir. Ont également répondu à l’appel des pointures venues d’autres labels comme Notwist ou Solvent.
C’est également le cas du CD2 où l’on retrouve avec grand plaisir les deux derniers, mais aussi Schneider tm, Micha Acher + les groupes maisons dans un joyeux échange de remixes et recomposition des titres de ses potes. Ainsi ISAN s’attaque à Notwist et réciproquement. Fleischmann illumine Blond qui se débrouille bien sur le morceau de Fleischmann. Schneider tm dévergonde Micha Acher, et elle sensibilise son «tenko». Et les féstivités de continuer entre Solvent et Kevin & Paul ; Wechsel Garland et Hessen ; Tied & Tickled Trio et Kandis. Mais une fois encore se place à part Arovane qui ne remixe personne d’autre que lui et place ici deux morceaux extraordinaires. Vraiment Arovane confirme qu’il est l’une des meilleures surprises des trois dernières années. Vite qu’arrive son album chez Morr Music.
«Putting the Morr back in Morrissey» est un titre clin d’oeil à l’un des grands maîtres de la Pop musique et dans un monde idéal cette double compilation atteindrait la popularité des Smiths... On peut rêver, non ?! En tout cas ce disque vous y aidera.